Les templiers
Temple, ordre du ou Templiers, ordre de moines
combattants, fondé en 1119 à Jérusalem et
dissous en 1311 par Philippe IV le Bel.
L’ordre du Temple est créé par quelques chevaliers (dont Hugues de Payns) croisés en Terre sainte (Palestine). Le roi de Jérusalem, Baudouin II, les installe près de l’église du Temple après qu’ils ont fait vœu de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Avec l’appui de saint Bernard de Clairvaux, la règle est bientôt approuvée et publiée par le concile de Troyes (1128). Du fait de l’alliance prônée entre idéal chevaleresque et idéal monastique, le succès du Temple est rapide!; de nombreuses donations — dont le legs, volonté inappliquée, d’une partie du royaume d’Aragon par le roi Alphonse le Batailleur — viennent remplir ses caisses et lui permettent une politique systématique d’acquisition de terres et de défrichements.
Organisation de l’ordre
La règle cistercienne des Templiers est très stricte. Les punitions imposent des jeûnes sévères pour des délits concernant toute entorse aux trois règles fondamentales de l’ordre. Le trousseau, réduit, marque la hiérarchie de l’ordre : si tous les manteaux sont frappés de la croix rouge — symbole de l’ordre depuis 1149 —, les manteaux des chevaliers sont blancs, tandis que ceux des sergents, des chapelains et des écuyers sont noirs.
Au sommet de l’ordre se trouve le maître, dont l’autorité est limitée par un chapitre composé des dignitaires de l’ordre : le sénéchal, le maréchal, le commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, le drapier, les commandeurs des autres provinces (dont la cité de Jérusalem, Antioche et Tripoli sont les trois principales). Les commandeurs des maisons, les chevaliers, les sergents, le commandeur du port d’Acre viennent ensuite dans l’ordre hiérarchique, puis les casaliers chargés des fermes, les turcoples (troupes auxiliaires), les chapelains et les frères de métiers.
Un rayonnement sur toute la Méditerranée
Cette hiérarchie suggère une réelle étendue des possessions de l’ordre : en 1257, elles s’élèvent à 3 468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes, réparties dans dix-neuf provinces et sous provinces. La maison de Jérusalem comprend deux couvents avec 350 chevaliers et 1 200 sergents. Les pays de combat sont ceux de la Reconquête : Palestine, péninsule Ibérique, Hongrie!; les activités militaires sont bien réelles : sur quatorze maîtres, cinq périssent au combat. Ces activités militaires sont largement financées par les revenus des pays de rapport : ces provinces, divisées et subdivisées en régions, bailliages et maisons, se trouvent dans toute l’Europe catholique. Le bailliage d’Arles comprend ainsi les commanderies avec juridiction d’Aix, Col de Cabres, Richerenches, Arles!; huit commanderies sans juridiction (dont Nice ou Avignon)!; vingt-trois commanderies dépendantes!; une vingtaine de maisons du Temple et une centaine de biens fonciers divers. Cette richesse, inégalée dans tout l’Occident chrétien, permet au Temple de subventionner largement les papes et les rois pour les entreprises de la croisade.
Du repli à la dissolution
Les statuts de l’ordre du Temple sont réformés à cinq reprises!; Boniface VIII souhaite, au début du XIVe siècle, unir le Temple et les Hospitaliers (autre ordre combattant), mais Jacques de Molay, alors maître, refuse cette proposition. Or, à cette période, les données de la croisade ont profondément changé : l’Empire latin d’Orient, avec la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291, a cessé d’exister et les Templiers survivants se replient en France — d’où le roi, Philippe IV le Bel, s’est vu refoulé à l’entrée de l’ordre.
Malgré le passé glorieux de l’ordre (Damiette, Alep, Las Navas de Tolosa), Philippe le Bel, en manque de numéraire, fait emprisonner les Templiers, les fait torturer par l’Inquisition après avoir fait main basse sur leurs richesses et leurs livres de comptes!; les aveux de 137 templiers — qui reconnaissent tout ce que l’on veut pourvu que l’on cesse de les torturer — justifient la suppression de l’ordre au concile de Vienne en 1312 devant le pape Clément V, alors que les rois et princes d’Angleterre, d’Espagne, d’Écosse, d’Allemagne, entre autres, ont reconnu l’innocence du Temple. Le maître Jacques de Molay est brûlé en 1314. Les biens du Temple reviennent aux Hospitaliers ou aux ordres successeurs qui sont créés en Espagne : l’ordre de Notre-Dame-de-Montesa dans la région de Valence et l’ordre du Christ au Portugal.
Entré dans l’imaginaire collectif à cause de l’extraordinaire opération de propagande menée par Philippe le Bel et inlassablement reprise ensuite sous forme de légendes, l’ordre du Temple est, sans doute, l’une des créations les plus représentatives de l’époque des croisades.
Hugues de Payns (v. 1070-1136),
Fondateur de l’ordre du Temple en 1119
Né au château de Payns près de Troyes, il est sans doute parent des comtes de Champagne. Chevalier, Hugues de Payns prend part à la première croisade et participe aux combats en Terre sainte contre les musulmans.
Trois ans après son arrivé en Orient vers 1115, il rassemble huit autres chevaliers pour constituer une sorte de milice vouée à la protection des pèlerins sur les routes de Palestine. Vraisemblablement influencé par l’exemple de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean fondé en 1113, Hugues de Payns songe plus tard à doter sa milice d’une règle et vient en France, en 1128, demander conseil à Bernard de Clairvaux.
En 1128, le concile de Troyes approuve cette règle qui régit le Temple (jusqu’à sa suppression en 1312). Hugues de Payns, en tant que maître, entreprend alors d’accroître les effectifs du nouvel ordre de moines-soldats : à cette fin, il parcourt l’Europe occidentale et regagne la Terre sainte avec un fort contingent et de nombreux dons en argent. Par la suite, il anime de nouvelles campagnes de recrutement, notamment en Bourgogne en 1133.
À sa mort, le Temple est une des principales forces politiques et militaires du royaume latin de Jérusalem. Cependant, puissance indépendante selon la propre règle de l’ordre, il met le royaume à la merci de l’éventuelle insubordination des maîtres, successeurs d’Hugues de Payns.
Bernard de Clairvaux, saint (1090-1153),
Moine cistercien français, fondateur de l'abbaye de Clairvaux, docteur de l'Église mystique et théologien prédicateur de la deuxième croisade. Bernard de Clairvaux joua un rôle politique éminent. Il fut l'une des plus grandes figures de la tradition spirituelle chrétienne occidentale.
Vie
Né au château de Fontaine, près de Dijon, d'une famille de la noblesse, Bernard devint moine dans l'abbaye cistercienne de Cîteaux en 1113, petit village au sud de Dijon. Il fonda en 1115 l'abbaye de Clairvaux, au nord de Dijon, dans l'Aube, et en fut le premier abbé. Sous sa direction, l'abbaye de Clairvaux se développa considérablement et devint l'abbaye la plus éminente de l'ordre cistercien, essaimant elle-même rapidement en cent soixante monastères. La rumeur selon laquelle il aurait accompli de nombreux miracles et les sermons éloquents de Bernard attirèrent de nombreux pèlerins. Sa personnalité et sa spiritualité influencèrent considérablement l'Occident chrétien. Il intervint dans les affaires publiques et conseilla les princes, les évêques et les papes. Il aurait rédigé la règle de l'ordre des Templiers et, en 1128, il obtint des responsables ecclésiastiques la reconnaissance officielle de l'ordre. Dans la lutte pour la papauté entre le pape Innocent II et l'antipape Anaclet II, Bernard trancha, au concile d'Étampes en 1131, en faveur d'Innocent II. En 1146, à la demande du pape Eugène III, son disciple, Bernard commença à prêcher pour la deuxième croisade. Son sermon, prononcé à Vézelay, déchaîna l'enthousiasme en France. Il parcourut la Lorraine, les Flandres, la Rhénanie et participa activement à la formation des armées dans le nord de la France, dans les Flandres et en Allemagne. Louis VII, roi de France, fut convaincu et se joignit à la croisade. L'échec de la croisade fut une grande déception pour Bernard. Il mourut à l'abbaye de Clairvaux le 20 août 1153. Il fut canonisé en 1174 et nommé docteur de l'Église en 1830. Sa fête est le 20 août dans l'Église catholique.
Œuvre spirituelle
Bernard fut un opposant résolu des hérésies et de la théologie rationaliste, et notamment de celle du philosophe et théologien français Pierre Abélard, dont il obtint la condamnation au concile de Sens en 1140. Il soutint des polémiques contre l'ordre de Cluny.
Il écrivit un grand nombre de sermons, lettres et hymnes dont certains sont encore chantés dans les églises catholiques et protestantes. Bernard écrit sur la vérité, la liberté, la volonté et la grâce. Il combattit les théologies qui, selon lui, abusaient de la méthode spéculative.
Les degrés de la vérité sont, pour lui, l'humilité, la charité et la contemplation qu'il faut considérer respectivement comme vérité sévère, vérité miséricordieuse et vérité pure. Le premier degré est l'œuvre du Fils, le deuxième celle de l'Esprit et le troisième est l'œuvre du Père. Bernard distinguait trois libertés : le libre arbitre (liberté à l'égard de la nécessité) qui est l'image de Dieu en l'homme!; la liberté de conseil (liberté à l'égard du péché) et la liberté de bon plaisir (liberté à l'égard de la misère) qui sont en l'homme la ressemblance à Dieu. Il considérait le monde comme énigme et manifestation visible du Dieu invisible. Il voulait que l'homme tende vers la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Parmi ses œuvres importantes, on trouve De Diligendo Deo (De l'amour de Dieu, en 1126), un appel à aimer Dieu parce qu'il est Dieu, et De Consideratione (Considérations à Eugène III, en 1149).
Mesnil-Saint -Loup


