Mesnil-saint-loup
Située à 135 Km de Paris, à 25 Km de Troyes, sur la D 23, Mesnil-St-Loup est une commune de 523 habitants, appartenant au canton de Marcilly-le-Hayer, distant de 15 km. Le village s'étire sur un plateau à 165 m d'altitude, à la limite de la Champagne crayeuse et des terres alluviales du bassin de la Vanne. L'eau est à 50 m de profondeur.
Le territoire communal couvre une superficie de 1 140 hectares de plaine. Cette région appelée jusqu'à une époque récente « Champagne pouilleuse1 », connaît avec l'introduction des engrais et des techniques modernes de culture, une exploitation rentable des sols.
Ce n'est qu'à partir de 1816 que Lyé Baltet-Petit introduit sur les terres les plus pauvres, des pins noirs d'Autriche. On peut d'ailleurs découvrir l'obélisque commémoratif de ses plantations entre Dierrey-St-Pierre et Villeloup.
1-L'origine du mot viendrait de « pouillot », plante commune des savarts (friches) ou de « l'empouille », plante céréalière sauvage qui pousse sur les terres réputées incultes.
HISTORIQUE
Des ateliers de taille de silex, ainsi que des monnaies gauloises retrouvées sur le finage, indiquent des lieux habités à l'époque la plus reculée de l'histoire de l'homme. En 1128, les Templiers reçoivent leur règle des mains de St Bernard de Clairvaux. Ils possèdent des biens à Mesnil-St-Loup, ce qui est constaté par des lettres de Hatton, évêque de Troyes en 1143. A cette date un nommé Drogon Strabo (le borgne) de la branche cadette des « de Villemor » donne aux Templiers tout ce qu'il possède à Maynilio Sancti Lupi, dans la rue de Pute Aoite.
Dans les textes anciens on trouve l'orthographe : Mesnillum, Maynilio ou encore Maigny puis Mesnil (ce nom désigne en latin une maison de paysan avec une portion de terre). Le commandeur du Temple est seigneur et haut-justicier, il jouit de toutes les dîmes de la paroisse, de celles de Somme-Fontaine (St-Lupien), des droits de minage2 à Villemor et à Marcilly. Il possède également les moulins d'Oiselet et le four banal.
Vers 1290, on compte 50 feux à Mesnil-St-Loup.
On trouve aussi des seigneurs laïcs à la fin du XIIe siècle, au temps du comte Henri. Un Suinus de Maigny et plus tard un Milon de Maigny rendent hommage pour leur fief au baron de Villemor. Au XIVe siècle, deux nobles dames, Isabelle de Clavelles et Jacquette d'Oiselet, sont taxées au chapitre des villes de la châtel-lenie de Villemor.
Les Templiers donnent le vocable de St-Loup à leur établissement. On peut penser que le fondateur des Templiers, Hugues de Payns, ayant son fils Thibault, abbé de Ste-Colombe-les-Sens, obtient de lui une relique de St Loup, en l'honneur duquel les chevaliers du temple construisent l'église de leur communauté. L'abbaye Ste-Colombe-de-Sens conserve le corps de St-Loup, archevêque de cette grande métropole (573-623). Les Templiers subsistent au Mesnil jusqu'à l'extinction de leur ordre en 1312, date à laquelle ils sont remplacés par les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem, appelés plus tard Chevaliers de Malte. Ceux-ci gardent la seigneurie de Mesnil-St-Loup jusqu'à la Révolution française et ont la nomination du curé qui est tantôt un profès3 de l'ordre de Malte, tantôt un prêtre séculier désigné par le Grand Prieur de France. La cure de l'ordre de Malte est sous la dépendance de la commanderie de Coulours dans l'Yonne. La pièce de terre située au Nord de l'église s'appelle encore aujourd'hui le cloître. Sur ce site se dressait au siècle dernier une vieille tour ruinée, reste de la maison templière ; il ne paraît pas que les bâtiments conventuels détruits au XVIe siècle aient été plus tard rétablis.
Mesnil-St-Loup dépend du bailliage de Troyes, en la châtellenie de Villemor. C'est au niveau religieux une cure du diocèse de Troyes au doyenné de Villemor à la présentation du Grand Prieur de France. En 1787, il y a à Mesnil-St-Loup six ateliers de tisserands et trois de bonnetiers ; la majorité des femmes et des filles sont occupées à la filature du coton. Le maître d'école, outre le logement reçoit pour paye de chaque laboureur, deux boisseaux, moitié froment, moitié seigle.
En 1789, Marie de Lescey loue le domaine des hospitaliers et se qualifie de Dame de Mesnil.
Pendant la période révolutionnaire, la commune fait partie du canton de Prunay puis de celui de Villadin jusqu'en Tan IX. On l'appelle alors Mesnil-Haut. L'époque contemporaine est marquée par l'abbé Ernest André (1826-1903) qui devient en religion le Père Emmanuel et obtient du pape Pie IX l'approbation de la dévotion à Notre-Dame de la Ste-Espé-rance qui va influencer durablement la paroisse.
Aujourd'hui le village continue à vivre avec sa riche histoire templière, sa vie spirituelle, ses écoles, son centre de l'A.P.E.I. (Aide aux Parents d'Enfants Inadaptés) et ses nombreux artisans. Mesnil-St-Loup est une commune dynamique, orientée vers l'avenir. Les constructions y poussent comme des champignons : cent-vingt cinq maisons neuves sont sorties de terre depuis 1956.
PATRIMOINE
L'ÉGLISE PRIMITIVE
II reste le chœur de la vieille église érigée au XIIe siècle par les Templiers. Son plan est à vaisseau unique avec l'abside en hémicycle.
En 1664, le commandeur Joachim de Challemaison relève les murs de l'église et décore une verrière du sanctuaire des armes de sa famille qui portent « d'argent chargées d'une rosé, accompagnées de deux molettes, au chef de Malte. »
Au début du XIXe siècle, l'église romane trop exiguë pour les besoins de la paroisse et assez délabrée est reconstruite en partie, en conservant toutefois l'abside semi-circulaire voûtée en cul de four. Elle est actuellement plafonnée. Agréablement rénovée par les paroissiens, on y respire encore l'atmosphère du Moyen-Âge.
L'ÉGLISE NOTRE-DAME DE LA STE-ESPERANCE
L'église paroissiale construite en 1864 dans le style néo-gothique, présente une nef flanquée de collatéraux sans transept. Cette église est belle par le déploiement des lignes et des courbes de sa grande nef qui se terminent avec grâce dans les pans coupés de l'abside. La tour-clocher, harmonieusement proportionnée porte trois cloches qui se prénomment Emmanuel, Pierre et Pie.
A l'intérieur, l'église conserve quelques belles œuvres du sculpteur et peintre local Henri Charlier. On lui doit les fresques des murs du chœur, la statue de St Louis, un moulage de celle de Ste Thérèse de Lisieux, un vitrail représentant « Les noces de Cana »...
LE MONASTÈRE
Abandonné pendant une trentaine d'années, le monastère bénédictin est aujourd'hui occupé par les moines Olivétains du Bec-Hellouin, qui perpétuent la tradition religieuse par la prière et le travail : Ora et Labora. Ils accueillent les chercheurs et passionnés de théologie, de philosophie, de littérature et d'histoire, dans la grande bibliothèque du monastère aux 35 000 ouvrages et pratiquent l'art de la céramique. Conçues et réalisées par les Frères, de superbes faïences émaillées, aux décors originaux et aux vifs coloris font des cadeaux très appréciés.
LA CROIX
La croix de Jérusalem est inaugurée en 1908, place du Terreau. Un pèlerinage de pénitence rapporte tous les ans de Terre Sainte en France, une croix haute de six mètres sur trois mètres de large. En 1908, le diocèse de Troyes obtient la faveur de recevoir la croix de Jérusalem pour la paroisse de Mesnil-St-Loup en raison du culte à Notre-Dame de la Ste-Espérance, vénérée par de nombreux pèlerins.
LE TILLEUL DE SULLY
Profondément terrien et décidé à relever la France de ses ruines, le surintendant des finances, Maximilien de Béthune, baron de Sully (1560-1641) encourage les industries et l'agriculture. On lui doit entre autre, une recommandation adressée à toutes les communes de France. Au centre de chaque village, il fait planter un arbre autour duquel se déroulent les fêtes populaires, les marchés mais aussi la justice et le paiement de la dîme. A Mesnil-St-Loup, sur la place du Terreau, se remarquent les restes d'un vieux tilleul rongé par les ans, que les anciens nomment « le tilleul de Sully ».
PERSONALITES
Le Père Emmanuel (1826-1903) Ernest André né en 1826 à Bagneux-la-Fosse est l'instrument de la « conversion » de Mesnil-St-Loup dont il fut le curé pendant 53 ans. L'abbé André vit au milieu de ses ouailles la vie monastique et prend le nom de Père Emmanuel sous lequel il est connu. C'est par la prière perpétuelle érigée en archiconfrérie et par un lent travail de l'esprit et du cœur, qu'il convertit cette paroisse rurale de 300 âmes et en fait un modèle de vie et de société chrétienne. Il meurt abbé mitre de Notre-Dame de la Ste-Espérance en 1903.
Henri Charlier (1883-1975) Statuaire et peintre, il naît à Paris en 1883. Avec quelques élèves et un ouvrier qu'il forme, il mène à bien une œuvre considérable, tant en France qu'à l'étranger : statues, peintures, vitraux, chapiteaux, autels, chemins de croix, fresques, aquarelles ... En outre, il enseigne pendant vingt ans le chant grégorien et tient l'orgue de la paroisse. C'est en 1916 qu'il épouse civilement Emilie Boudard, romancière-écrivain, connue sous le pseudonyme de Claude Franchet. Henri Charlier meurt en 1975 à l'âge de 90 ans et repose dans le petit cimetière de la paroisse après avoir par ses œuvres, résumé son enseignement sur l'art et la pensée.
Dom Paul Marie Grammont (1911-1989) Né à Troyes en 1911, il entre tout jeune au monastère du Mesnil et en est le prieur en 1939. En raison de la guerre, il rassemble sa communauté en Normandie, et restaure la célèbre abbaye du Bec-Hellouin (Eure), désaffectée depuis la Révolution. Il en devient le père abbé en 1948.
C'est en 1976 que les frères et les sœurs du Bec-Hellouin rétablissent la vie monastique au Mesnil-St-Loup.
Figure de haute culture et de profond rayonnement humain et spirituel, ce grand abbé bénédictin demeura toujours attaché au monastère de ses origines. Il meurt le 30 juillet 1989 et repose dans le chœur de l'église abbatiale du Bec-Hellouin.
La Famille Simon
Depuis 20 ans, un ou plusieurs Simon sont présents dans le Tour de France. Cette j famille est la seule en France à avoir offert au cyclisme cinq prénoms, seules quatre autres familles au monde se partagent cet honneur.
Pascal, né en 1956, devient Champion de France amateur en 1974, remporte le Tour de l'Avenir en 1981, gagne la 1ère étape du tour de France en 1982 et conserve le maillot jaune (7 jours) en 1983 Régis, né en 1958, inscrit à son palmarès une étape du Tour en 1985 Jérôme, né en 1960 remporte à son tour une étape du Tour en 1988 et le grand prix du Midi Libre en 1989 Stéphane, né en 1965 est amateur 1ère catégorie François, né en 1968, vainqueur de la 1re étape du Tour d'Italie en 1992, est Champion de France en 1999 et porte le maillot jaune (4 jours) en 2001. Après une dizaine d'étapes, il abandonne le Tour2002 pour raison de santé. En fonction de son âge, son contrat ne sera pas renouvelé, mais la relève sera certainement assurée...
Le Tour de France ne peut s'en passer; il y a toujours un Simon dans le peloton, sous les yeux du Père Clément et de la Mère Colette, qui mériteraient bien eux aussi un maillot jaune.
ANECDOTES
Au début du XVIIe siècle, la France est en guerre avec l'Espagne. C'est dans ces conditions qu'un nouveau complot éclate contre Richelieu. A l'origine de l'affaire se trouve le nouveau favori de Louis XIII, Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, grand écuyer du roi. Celui-ci brûle pour la princesse Marie de Gonzague d'une vive passion que seule la protection de Richelieu peut favoriser. Le refus du cardinal fait naître chez Cinq-Mars, dévoré d'ambition, une haine farouche. Par l'intermédiaire de son ami de Thou, il complote avec les ennemis de la France et programme même l'assassinat de Richelieu. D'après la tradition de ce pays, c'est dans ce petit village à l'écart des voies de communication, dans une vieille tour, reste de la maison templière, que les conspirateurs, Cinq-Mars, de Thou et leurs compagnons se réunissaient. Le complot découvert, un valet vint ici de la part du roi, prévenir l'ancien favori qu'on en voulait à sa personne.
Le chancelier Séguier fait arrêter les comploteurs qui sont décapités en juillet 1642.
UN CLIMAT D'ÉPOUVANTE
C'est pendant le rigoureux hiver de 1751, qu'un enfant de dix ans appelé Claude Dumet est étranglé par une « bête cruelle » sur le chemin de Villemaur. Ce loup a dévoré plusieurs enfants à Pâlis, au Dierrey et à Villemaur. En 1774, environ trente personnes sont mordues et périssent de la rage dans la contrée.
L'un de ces loups est tué à Estissac par le charron Jean Verger.
COUTUMES
Les costumes traditionnels locaux disparaissent avec la diffusion du prêt-à-porter bon marché
Mais sous l'influence de l'église, les femmes de Mesnil-St-Loup conservent leurs jolies coiffes jusque dans les années 1970.
Les petits bonnets blancs tuyautés, avec leurs larges rubans sont à l’honneur et faisaient le bonheur des photographes du dimanche.
* 2 Redevance sur la mesure de blé appelée mine.
* 3 Religieux qui à fait profession dans les ordres
Mesnil-Saint -Loup
